Edito : Pour briser l’égoïsme, Noël !

28 décembre 2016

Noël est là. Les images de l’enfant, de la mère et de Joseph se présentent à nous comme la merveille la plus grande de l’histoire. Les désirs de paix, de simplicité, de réconciliation sont aussi plus intenses en ces jours dont la singularité demeure, au-delà de la répétition au fil des ans de la même célébration.

A Noël, les chrétiens s’arrêtent pour contempler l’idéal de Dieu pour nous tous.

Son désir c’est que nous soyons enfants dans toute la richesse du terme. Enfants du Père, confiants et abandonnés, sans nulle autre protection et nulle autre assurance que la certitude d’être aimés par Lui. Le nouveau-né de Bethléem est le fils aîné de la multitude que Dieu désire rassembler comme une famille unie.

En regardant le monde objectivement, nous pouvons nous demander si l’avènement historique du messie sauveur depuis plus de deux mille ans a réellement fait avancer l’humanité dans cette direction. Y a-t-il davantage de paix, de joie et d’unité dans le monde 
L’impression qui se dégage à l’observation c’est que nous continuons à vivre dans un monde mû par l’égoïsme.

L’égoïsme est d’abord individuel. Il part du cœur malade de chaque être humain. Un certain réalisme élargit cet égoïsme individuel en égoïsme de groupe. C’est l’invention des solidarités exclusives. Un critère est énoncé ou mis en avant qui crée un cercle de solidarité plus ou moins grand, mais un cercle fermé, exclusif et même hostile à ceux qui se trouvent en dehors. C’est ainsi que naissent les affrontements, les luttes, les guerres. Un clan, une ethnie, une couleur de peau, une langue, une origine territoriale, un cercle idéologique, politique, spirituel ou une religion s’imposent comme des facteurs discriminants.

Dans l’organisation du monde même, Les rapports entre des pays et des états se fait aussi sur la base de cet égoïsme. Les formules diplomatiques ampoulées et prononcées régulièrement dans des discours ponctués de trémolos presque émouvants ne changent rien à cette optique largement partagée. Les nations dites démocratiques n’échappent pas à cette logique. Elles l’expriment et la mette en œuvre avec davantage de subtilité.

C’est pourquoi la force est le principe moteur du monde. Les plus forts décident pour tout le monde au gré de leurs intérêts sur la base de l’égoïsme.
Face à tout cela le seul antidote que Dieu nous donne est la vie d’un enfant. C’est lui le Rédempteur du monde et il vient à bout de notre égoïsme en se livrant à lui. En affrontant la violence qui en résulte avec pour seule arme la force de son innocence.

La force de son amour donné s’exprimera avec le plus grand éclat sur la croix. Au sommet du Golgotha, il nous rejoint dans la mort. Les bras étendus, il nous appelle à l’union des âmes. Il nous rassemble en une famille universelle.

Avec Noël, l’humanité est effleurée par une grâce unique. Le Fils unique de Dieu partage son sort. Partout dans le monde on vibre de joie et d’espérance, en ignorant bien souvent la source, reléguant le mystère de noël au rang d’une étoile filante dans notre monde englué dans ses propres ténèbres.

Le ciel nouveau et la terre nouvelle commence dans les cœurs pauvres qui accueillent Jésus tels qu’ils sont. Et l’accueillent pour ce qu’il est. La sainte vierge, saint Joseph, les bergers et les mages nous ont ouvert le chemin. La tradition provençale dans sa sagesse nous indique que chacun a sa place à Bethléem. De ce point de vue, nous pouvons voir au-delà de quelques évidences. A côté du principe d’égoïsme à l’œuvre dans le monde avec les conséquences dramatiques que nous pouvons tous observer, le principe christique agit dans le monde. Envers et contre nos lourdeurs et notre foi si fragile, le monde violent et sans pitié pour les faibles est parcouru par un autre univers construit par la bonté humaine, érigée discrètement par des hommes de foi, loin des manchettes de journaux ou des nouvelles reprises en boucles dans les chaînes de télévision ayant pignon sur rue.

L’amour n’est pas aimé, mais il lutte, il combat et sa victoire c’est la Vie persistante et subsistante, le désir d’aller de l’avant, le refus de se conformer à la vulgate du matérialisme, du consumérisme et de l’égoïsme. Son triomphe total est à venir. La célébration de Noël est la proclamation de la certitude de ce triomphe. Jésus s’abandonne comme tout enfant et dès les premiers jours de son existence il affronte en connaissance de cause l’égoïsme humain. Il entre dans le monde sans parole. Il le quitte de la même manière, car c’est son être toute entier qui est Parole, Verbe de Dieu.

Père Pascal Molemb Emock, curé